Makiko a presque quarante ans, elle est hôtesse dans un bar à Osaka, après avoir enchaîné les petits boulots à l’usine ou au supermarché. Elle élève seule sa fille de douze ans, Midoriko, en équilibre instable entre enfance et adolescence et très perturbée par la période délicate de transformation de son corps.
Ses relations avec Midoriko sont en train de se dégrader, surtout depuis qu’elle a décidé de se faire refaire les seins, désireuse de croire que sa vie sera fondamentalement changée grâce à une nouvelle poitrine. Cette décision révolte et dégoûte Midoriko, qui n’arrive pas à comprendre pourquoi sa mère veut s’infliger une telle opération. En réaction, Midoriko a cessé de parler depuis six mois, ne communiquant plus avec sa mère que par écrit.
Roman d’une centaine de pages, Seins et œufs raconte la brève visite à Tokyo de Makiko et Midoriko à Natsuko, narratrice et sœur cadette de Makiko, célibataire trentenaire. Les trois protagonistes, se retrouvent dans le minuscule appartement de Natsuko, empêtrées dans les silences et les non-dits, chacune dans son propre monde.
Au-delà du rapport de chacune à la féminité, il y a la solitude, la souffrance d’une mère qui n’arrive plus à parler à sa fille, l’impuissance et la culpabilité de la fille qui voit souffrir sa mère et qui, malgré l’amour qu’elle lui porte, lutte pour surtout ne pas lui ressembler.
Néanmoins, Seins et Œufs est un roman entrainant, assez drôle parfois, habité par des héroïnes attachantes et fragiles, et finalement plein d’espoir.
A suivre, les prochaines productions de Mieko Kawakami, artiste multiforme, philosophe, actrice, chanteuse, romancière récompensée par le prix Akutagawa (c'est quand même quelque chose) et … bloggeuse (son premier roman d'ailleurs était un "blook" (blog book), que l’on découvre aujourd’hui grâce aux éditions Actes Sud.
Extrait du journal de Midoriko
La nuit dernière, maman a parlé en dormant, ça m’a réveillée. Je me suis demandé si elle allait dire un truc drôle, mais elle a crié très fort : « Une bière, je vous prie ! ». D’abord, j’ai été surprise, puis ça m’a fait pleurer. Je n’ai pas pu me rendormir jusqu’au matin. Voir quelqu’un souffrir, ça fait mal, même si c’est quelqu’un d’autre. Pauvre maman. Oui, pauvre maman, depuis tout le temps »
Seins et Œufs – Kawakami Mieko
Traduit du japonais par Patrick Honoré
Titre original : Chichi to ran (Bungeishunju Ltd 2008)
Actes sud – février 2012 – 108 pages












