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1 juin 2012

La pluie de néon - James Lee Burke

Dave Robicheaux, dit Belle-Mèche (parce qu'une mèche de cheveux blancs barre ses cheveux bruns), est inspecteur à la brigade criminelle de la Nouvelle-Orléans, en Louisiane.
Il est solitaire depuis que sa femme l’a quitté, vit sur une péniche amarrée au bord d’un lac, est sobre depuis quelques années, mais est toujours hanté par de vieux démons, l’alcoolisme dans lequel il redoute de retomber un jour, mais aussi les douloureux et horribles souvenirs du Vietnam, dont il est rescapé. C’est un dur-à-cuire qui n’hésite pas à foncer tête baissée dans l’action (et les ennuis) dès que l’occasion se présente. L’assassinat d’une jeune fille noire, dont il a découvert le corps dans le bayou hors de sa juridiction, va le propulser dans des évènements mêlant trafiquants de drogue, agents de la CIA, trafiquants d’armes pour le compte du Nicaragua, meurtriers et mafieux.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Dave Robicheaux est un type solide. Et il a intérêt à l’être pour survivre aux multiples agressions qu’il subit, dont une avec sa nouvelle petite amie, Annie, et essayer (il n’y arrive pas toujours) de garder la tête froide, alors que son frère manque d’être tué ou que sa confiance en son partenaire est ébranlée.
Pour le soutenir dans les coups durs, l’image de son père, grand gaillard analphabète, qui a élevé seul ses deux garçons, à l’esprit pragmatique et jamais à court de bons conseils.
"Quand tu as battu tous les marais à la recherche du gros ‘gator qui t’a dévoré ton cochon et que tu reviens les mains vides, repars de là où t’étais parti et recommence. Parce que tu lui es passé dessus en chemin." (p. 190)
En contraste avec l’extrême noirceur de l’intrigue, James Lee Burke évoque la luxuriance et la chaleur de la Louisiane, la beauté préservée des bayous et la douceur de vivre à la Nouvelle-Orléans, la saveur des coca citron vert qui accompagne les sandwiches aux huitres ou les gombos de crevettes.
"Pour une raison inconnue, chaque jour passé à la Nouvelle Orléans semble un jour de vacances, même lorsqu’il vous faut travailler, et je ne connais pas de meilleure manière d’en jouir pleinement que de descendre l’esplanade en brinquebalant dans un tramway ouvert à tout vents qui circule sur les mêmes rails depuis le début du siècle. Je regardais défiler les maisons d’avant la guerre de Sécession, leurs piliers et leurs volutes, les chênes à larges ramures tendus de mousse espagnole, les petites cours aux grilles de fer et murs de briques blanchis à la chaux, les palmiers et les bananiers qui ombrageaient les vieux trottoirs soulevés et craquelés par les racines." (p.367). N'est-ce pas une phrase qui donne immédiatement envie de partir ?
Pluie de néon est le premier titre du (long) cycle de James Lee Burke consacré à Dave Robicheaux, personnage complexe et torturé, qui se laisse aimer malgré sa colère et ses défauts. A suivre, assurément.
A lire, l’avis de Wictoria


La pluie de néon – James Lee Burke
Traduit de l’anglais par Freddy Michalski
Titre original : The Neon Rain (Henry Holt and Company, 1987)
Rivages / Noir – 1999 – 378 pages

29 mai 2012

Le faussaire - Yasushi Inoué

Un journaliste accepte de rédiger la biographie d’Ônuki Keigaku, célèbre peintre de l’école japonaise. Au cours de ses recherches, il découvre plusieurs copies presque parfaites du maître, réalisées par un certain Hara Hôsen, qui fut pendant un temps ami très proche du peintre. Intrigué, le journaliste finit par s’intéresser davantage au faussaire qu’au peintre sur lequel il est censé écrire un livre.
"Pendant deux jours, je ne touchai plus à la biographie d’Ônuki Keigaku. Installé sur l’engawa côté sud dans un fauteuil en rotin, je restais sans rien faire, le regard tourné vers le mont Amagi. L’été était bien avancé, la lumière du soleil se faisait tout à coup plus faible. L’étrange destinée de Hara Hôsen – car les connaissances éparses que j’avais sur lui s’enchaînaient désormais avec la logique d’un destin – chassait de mes pensées l’image du jeune et brillant génie. J’étais face à la montagne, en proie à une force qui m’ordonnait de penser à lui. Il devait y avoir quelque chose dans sa vie qui réclamait l’attention." (p.19)
Et en effet, le narrateur découvre le destin tragique d’un homme, passionné de peinture, qui choisit de s'exiler dans son village natal perdu dans les montagnes, devenu artificier (une autre façon de peindre) après la mort de Keigaku, à la recherche de la couleur parfaite, dont le talent fut écrasé par sa rencontre avec un peintre génial.
La seconde nouvelle du recueil, entre fiction et autobiographie, reprend une ancienne légende japonaise, Obasutéyama, le mont où il était coutume d’abandonner les vieillards, dès qu’ils avaient atteint leur soixante-dixième année. Cette légende avait beaucoup impressionné l’auteur lorsqu’il était enfant et lui inspire une réflexion sur les liens familiaux et l’histoire de sa propre famille.
La solitude est également au cœur de la troisième nouvelle, Pleine Lune, mais souffre malheureusement de la comparaison avec les deux précédentes, que j’ai davantage appréciées.



Le faussaire – Yasushi Inoué
Traduit du japonais par Catherine Ancelot
Titre original : Aru Gissaka no Shogai (1951)
Stock La Cosmopolite – septembre 2011 – 151 pages

22 mai 2012

L'île panorama - Edogawa Ranpo

Hitomi Hirosuke est un jeune homme un peu dilettante, qui vit en dehors du monde et de la société, écrivain à ses heures, qui s’intéresse à tout, sans pourtant chercher à approfondir un domaine en particulier. Eternel utopiste, obsessionnel et très imaginatif, il rêve d’un monde idéal, "un monde de rêve et de beauté, un véritable paradis terrestreSes rêveries étaient peuplées de projets ambitieux et chimériques qui lui faisaient perdre le sens des réalités."
La mort de Komodo Genzaburô, héritier d’une richissime famille, ancien condisciple de l’université et avec lequel il présente une ressemblance troublante, donne à Hitomi une chance inespérée de réaliser son rêve. Bien que Komodo soit mort et enterré, Hitomi imagine un plan complètement démoniaque, organisant sa propre disparition, afin de prendre l’identité de son ancien camarade, prévoyant de faire croire à ses proches, et à sa jeune épouse, à sa subite résurrection.
Devenu Komodo Genzaburô, Hitomi consacre toute sa fortune à aménager une île, et donne libre cours à ses rêves les plus délirants. Tout sur l’île n’est que trompe-l’oeil et illusions. Grâce à des procédés ingénieux, Hitomi réussit à créer sur l’île les paysages les plus variés, où le promeneur passe de la forêt la plus épaisse à la plaine la plus immense, peuplées par des créatures fantastiques, à la fois magnifiques et effrayantes.
Hitomi se réjouit de faire visiter son œuvre à Chiyoko, son épouse, à la fois séduite et effrayée par la création de son mari, lui-même un peu inquiet car il est convaincu que Chiyoko a des doutes sur sa véritable identité. Un crime est rarement parfait, le paradis menace de se transformer en enfer et Hitomi se rend compte trop tard de la faiblesse de son plan.
Edogawa était un grand admirateur d’Edgar Allan Poe, avec lequel il partage un penchant pour le grotesque et le bizarre. Sa description de l’atmosphère qui règne sur l’île panorama est réellement oppressante et morbide, et je me suis réjouie de tourner la dernière page.
Malgré mon enthousiasme modéré pour cette lecture, j’ai bien envie de découvrir l’adaptation manga de Suehiro Maruo, découverte grâce aux billets  d'Emmyne et de Choco.


L’île panorama – Edogawa Ranpo
Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle
Titre original : Panorama-to Kitan (1927)
Picquier poche – 1999 – 157 pages

12 mai 2012

Le baiser de feu - Masako Togawa


En 1958, à Tôkyô, Kazuhiko Matsubara, jeune peintre reconnu et héritier d’une grande société d’assurances, meurt dans l’incendie de sa maison. Trois petits garçons âgés de cinq ans, dont le fils du peintre, qui jouaient au rez-de-chaussée sont soupçonnés d’avoir accidentellement provoqué l’incendie en jouant avec des allumettes. Tous trois mentionnent une étrange silhouette grimpant les escaliers de la maison en crachant du feu. Mensonge inventé pour se protéger ou vision réelle déformée par l’imagination des enfants ? 
Vingt-cinq ans plus tard, un pyromane sème la terreur à Tôkyô. Les incendies qu’il a provoqués ont déjà fait plusieurs victimes, en plus de dégâts considérables. Les trois garçons, qui s’étaient perdus de vue depuis l’incendie de leur enfance, vont se retrouver, sans le savoir immédiatement, impliqués dans la poursuite du pyromane. L’un est devenu policier, le second est pompier et le troisième occupe un poste important dans la société familiale. L'un des trois à un net penchant pour la pyromanie.

L’intrigue est complexe, parfois extravagante, la psychologie des personnages fouillée et les revirements de situation étonnants.  La conclusion mérite que l’on s’accroche à la lecture de ce roman à trois voix, unique roman traduit en français de Masako Togawa, écrivain et chanteuse, sur la trentaine qu’elle a écrit.
Pour voir Masako chanter, c'est ici !


Le baiser de feu – Masako Togawa
Traduit de l’anglais par Hélène Prouteau
Titre original : A kiss of fire (火の接吻, 1984)
Rivages/noir – 1990 – 235 pages

2 mai 2012

La Balade de Pell Ridley - Meg Rosoff


Au 19ème siècle, en Angleterre.
A l’aube de son mariage, Pell emballe quelques affaires, selle son cheval et s’enfuit, accompagnée au dernier moment par son presque frère, le petit Bean, un enfant muet adopté par sa famille. Pell est une jeune fille forte, intelligente et indépendante. Elle ne peut se résoudre au mariage, refuse d’envisager une vie misérable comme celle de sa mère, épuisée par les grossesses et les tâches ménagères, mariée à un prédicateur alcoolique.
Pell se dirige donc vers Salisbury, où a lieu une importante foire, espérant que sa passion et sa grande connaissance des chevaux lui permettront de trouver un travail. Mais, dans l’Angleterre rurale victorienne, une jeune fille seule, accompagnée d’un jeune enfant, est plutôt mal vue, surtout quand ses compétences, à savoir la forgerie et le dressage des chevaux, sont à cette époque plutôt réservées aux hommes.
Le voyage de Pell vers la liberté et l’indépendance se révèle donc semé d’embuches et elle rencontre de nombreuses épreuves. On lui vole son cheval, son argent, son petit frère disparaît. Elle sera harcelée, menacée, mais fera aussi des rencontres inattendues et réconfortantes.
Roman d’aventures et d’initiation, avec un soupçon de romance, La Balade Pell Ridley est un roman que j’aurais adoré lire vers douze ou treize ans. L’histoire de Pell Ridley est parfois triste et Meg Rosoff n’épargne pas son jeune lecteur et décrit sans fard la misère des campagnes anglaises au début de la révolution industrielle, l’exploitation des plus pauvres dans les fermes ou les usines, les conditions de vie déplorables dans les hospices d’enfants abandonnés. Pell est une héroïne qui rappelle parfois Tess d’Urberville. Elle plaira, je pense, aux jeunes lectrices, amatrices de romans historiques, avant qu’elles ne se lancent dans la lecture un peu plus soutenue des romans de Thomas Hardy et de Charles Dickens.
Merci à Margaux, des éditions Albin Michel, pour l'envoi de ce livre.


La Balade de Pell Ridley – Meg Rosoff
Traduit de l’anglais (GB) par Dorothée Zumstein
Titre original : The Bride’s Farewell (Penguin Books Ltd, 2009)
Albin Michel Wiz – mai 2012 – 236 pages

20 mars 2012

Seins et Oeufs - Mieko Kawakami


Makiko a presque quarante ans, elle est hôtesse dans un bar à Osaka, après avoir enchaîné les petits boulots à l’usine ou au supermarché. Elle élève seule sa fille de douze ans, Midoriko, en équilibre instable entre enfance et adolescence et très perturbée par la période délicate de transformation de son corps.
Ses relations avec Midoriko sont en train de se dégrader, surtout depuis qu’elle a décidé de se faire refaire les seins, désireuse de croire que sa vie sera fondamentalement changée grâce à une nouvelle poitrine. Cette décision révolte et dégoûte Midoriko, qui n’arrive pas à comprendre pourquoi sa mère veut s’infliger une telle opération. En réaction, Midoriko a cessé de parler depuis six mois, ne communiquant plus avec sa mère que par écrit.
Roman d’une centaine de pages, Seins et œufs raconte la brève visite à Tokyo de Makiko et Midoriko à Natsuko, narratrice et sœur cadette de Makiko, célibataire trentenaire. Les trois protagonistes, se retrouvent dans le minuscule appartement de Natsuko, empêtrées dans les silences et les non-dits, chacune dans son propre monde.
Au-delà du rapport de chacune à la féminité, il y a la solitude, la souffrance d’une mère qui n’arrive plus à parler à sa fille, l’impuissance et la culpabilité de la fille qui voit souffrir sa mère et qui, malgré l’amour qu’elle lui porte, lutte pour surtout ne pas lui ressembler.
Néanmoins, Seins et Œufs est un roman entrainant, assez drôle parfois, habité par des héroïnes attachantes et fragiles, et finalement plein d’espoir.
A suivre, les prochaines productions de Mieko Kawakami, artiste multiforme, philosophe, actrice, chanteuse, romancière récompensée par le prix Akutagawa (c'est quand même quelque chose) et … bloggeuse (son premier roman d'ailleurs était un "blook" (blog book), que l’on découvre aujourd’hui grâce aux éditions Actes Sud.

Extrait du journal de Midoriko
La nuit dernière, maman a parlé en dormant, ça m’a réveillée. Je me suis demandé si elle allait dire un truc drôle, mais elle a crié très fort : « Une bière, je vous prie ! ». D’abord, j’ai été surprise, puis ça m’a fait pleurer. Je n’ai pas pu me rendormir jusqu’au matin. Voir quelqu’un souffrir, ça fait mal, même si c’est quelqu’un d’autre. Pauvre maman. Oui, pauvre maman, depuis tout le temps »


Seins et Œufs – Kawakami Mieko
Traduit du japonais par Patrick Honoré
Titre original : Chichi to ran (Bungeishunju Ltd 2008)
Actes sud – février 2012 – 108 pages


8 mars 2012

Notes de Hiroshima - Kenzaburô Ôé

"Qu’une vie d’homme puisse se jouer de façon décisive en l’espace de quelques jours, voilà un mythe auquel je ne croyais pas dans  ma jeunesse. Mais à présent, quand je repense à l’expérience que j’ai vécue il y a trente-deux ans, entre le début et le plus fort de l’été, je suis bien obligé de reconnaître que ce genre de choses est tout à fait possible. De le reconnaître avec un sentiment de terreur sacrée."
Extrait de la préface rédigée par Kenzaburô Ôé pour la nouvelle édition anglaise de "Notes of Hiroshima" de 1995.
A vingt-huit ans, Kenzaburô Ôé, jeune écrivain, en août 1963, part pour Hiroshima, pour rendre compte en tant qu’observateur de la neuvième Conférence Mondiale contre les Armes Nucléaires.
Sur un plan plus personnel, Ôé traverse une période difficile et déstabilisante. Son premier fils vient de naître avec une grave malformation à la tête qu’une opération pourrait sauver mais n’empêchera pas de vivre avec un lourd handicap. Il vient aussi d’apprendre le suicide d’un de ses amis, "anéanti par les visions d’une guerre nucléaire qui marquerait la fin du monde – visions qui le préoccupait sans cesse."
Les querelles politiques ne le passionnent guère, mais Ôé rencontre lors de ce premier voyage de nombreux hibakusha (victimes irradiées) et est profondément touché par leurs témoignages. Ces hommes et ces femmes survivants de la bombe, mais agonisants, malades ou défigurés, ostracisés, doivent lutter pour faire reconnaître le statut de victimes de la bombe qui leur permettrait de bénéficier de la gratuité des soins dont ils ont besoin. Certains, bébés au moment de l’explosion, développent des leucémies, des anémies et autres troubles graves de santé, certains finalement choisissent le suicide, d’autres encore s’isolent, accablés par la honte, ou sombrent dans la folie. La solitude et le sentiment de culpabilité des personnes âgées sont poignants, elles qui, ayant survécu à leurs enfants et petits-enfants, ont l’impression de vivre dans un monde à l’envers.
Kenzaburô Ôé rend un hommage très émouvant aux victimes d’Hiroshima et aux médecins qui luttent contre les syndromes des personnes irradiées, prend position contre la reprise de tout essai nucléaire et plaide pour le devoir de mémoire.
" … Si nous, les Japonais d’aujourd’hui, nous ne nous souvenons pas, les indices de guérison entrevus en ce seul endroit vont se dégrader définitivement. Alors commencera pour nous la véritable dégénérescence. Faisant partie des Japonais qui ont souvent visité cette ville, c’est à ce titre que je voudrais consigner ici ce qu’elle a fait naître en moi, bref, ce qu’on pourrait appeler mes petites réflexions personnelles sur Hiroshima … " (page 144)
Notes de Hiroshima est une lecture indispensable, qui donne à penser et à réfléchir, à l’heure de Fukushima.



Notes de Hiroshima – Kenzaburô Ôé
Traduit du japonais par Dominique Palmé
Titre original : Hiroshima Nôto (1965)
Folio – janvier 2012 – 288 pages

2 mars 2012

Le dévouement du suspect X - Keigo Higashino

Ishigami Tetsuo est prof de maths dans un lycée de Tokyo. Il est secrètement amoureux de sa voisine, la belle Yasuko Hanaoka, une ancienne hôtesse de bar divorcée qui élève seule sa fille adolescente Misato, récemment convertie. Elle est maintenant vendeuse chez un traiteur. Sous le prétexte d’y acheter son bento, Ishigami s’y rend aussi souvent que possible, pour le bonheur de lui adresser quelques mots, trop timide pour lui adresser la parole en tant que voisin.
Bien qu’il s’en défende, Ishigami ne peut s’empêcher d’être attentif aux moindres mouvements de sa jolie voisine. Aussi, lorsque celle-ci, harcelée par son ex-mari, un homme violent qui veut lui extorquer de l’argent, tue le mari, Ishigami n’hésite pas une seconde à lui venir en aide et entreprend de maquiller le crime, donnant à Yasuko et Misato des instructions très précises, afin qu’elles ne soient pas inquiétées par la police.
Malgré l’ingéniosité d’Ishigami, le corps retrouvé dans un endroit isolé est rapidement identifié et les soupçons de l’inspecteur Kusagani, chargé de l’enquête, se portent naturellement sur Yasuko, dont il doute fortement de l’innocence, malgré son alibi sans faille. Il bénéficie de l’aide inattendue de son ami Yukawa, physicien enseignant à l’université, qui s’intéresse à l’affaire.
Or, il se trouve que Yukawa et Ishigami furent amis, il y longtemps. Lui et Ishigami se sont connus à l’université où, bien que spécialisés dans des domaines différents, ils se sont liés d’amitié, chacun ayant trouvé en l’autre, un compagnon intellectuel d’envergure.
C’est là que tout ce complique. Car Ishigami avait tout prévu, sauf l’éventualité de se retrouver face à son ancien compagnon d’études, dont il sait qu’il peut s’avérer un adversaire redoutable. Ishigami est un génie en mathématiques, qui passe ses nuits à inventer des problèmes ou à tenter de percer le secret d’énigmes mathématiques jusqu’à présent irrésolues. Yukawa est lui aussi un génie, dans le domaine de la physique.
Cependant, alors que Yukawa a réalisé son ambition professionnelle, Ishigami est un homme frustré dont l’ambition de se consacrer à la recherche a été  contrariée par l’obligation de prendre en charge ses parents âgés.
Le roman aurait pu se concentrer sur l’affrontement intellectuel entre les deux hommes et sur le cheminement logique qui conduit à la résolution de l’énigme. Mais Keigo Higashino ajoute à la tension psychologique une touche d’humanité et d’émotion.
C’est le deuxième roman traduit en français de Keigo Higashino, après l’excellent "La maison où je suis mort autrefois", qui cache sous une apparente simplicité des situations et des personnages beaucoup plus complexes qu'il ne semble J’attends avec impatience la troisième traduction, à paraître chez Actes Sud dans les prochains mois.




Le dévouement du suspect X – Higashino Keigo
Traduit du japonais par Sophie Refles

Titre original : Yogisha X no Kenshin (Bungeishunju Ltd, Tokyo, 2005)
Actes Sud – actes noirs – novembre 2011 – 316 pages