11 janvier 2012

La mort, l'amour et les vagues - Inoue Yasushi


Sugi Sennosuke et Nami sont les deux seuls clients d’un hôtel isolé situé aux abords d’une falaise abrupte. Tous deux sont venus avec le même projet de mettre un terme à leur existence, Suji, homme d’affaires malchanceux, ne peut supporter le déshonneur de voir son nom sali par un scandale financier. Nami n’envisage pas de survivre à la déception amoureuse qu’elle vient de subir. Si Sugi a décidé de s’accorder trois jours, afin de terminer la lecture d’un livre, Nami, elle, a l’intention de se suicider le soir même. Cependant, leur rencontre va changer tous leurs projets.
"Au moment où il avait décidé d’en finir, Sugi s’était posé la question de savoir ce qu’il désirait le plus avant de mourir. Il n’avait rien trouvé de particulier, mais soudain, il a repensé à quelque chose qu’il n’avait jamais réussi à faire à l’université et qui lui paraissait intéressant : lire Voyage en Orient de Guillaume de Rubrouck. Sugi lui-même trouvait étrange de s’être souvenu de ce livre. Et le fait d’avoir pu l’oublier pendant toutes ces années le remplit de nostalgie. Sa décision de se tuer avait fait ressurgir d’un seul coup ses sentiments d’étudiant, ceux d’une époque où il n’avait que vingt ans et n’avait pas encore passé une quinzaine d’années entièrement plongé dans la vie de tous les jours."
Le jardin de pierre est la nouvelle la plus ironique. Un jeune homme emmène sa toute jeune épouse en voyage de noces à Kyôtô, et plus précisément au Ryôanji, dont le jardin de pierres est un lieu exceptionnel, dont la beauté et la sérénité ne peuvent que susciter l’introspection. Ce jardin réveille en lui les souvenirs de sa jeunesse et de son amour pour Rumi, une jeune fille pour laquelle il a sacrifié l’amitié de son meilleur ami. La beauté des lieux inspire également à Mitsuko, la jeune fille qu’il a finalement épousée, une réflexion imprévue.
"En revoyant cet endroit, Uomi se sentit envahi de nostalgie. En treize ans, rien n’avait changé. Le vent soufflait. Le même vent. La blancheur des murs, les entrelacs de lierre, tout était exactement identique. Dans l’enceinte du Ninnaji, il n’y avait personne."
Un homme encore jeune, veuf depuis plusieurs années, n’arrive pas à se convaincre de convoler en secondes noces. Ce n’est pas vraiment qu’il ait été follement amoureux de sa défunte épouse, elle n’était pas sans défaut, mais qui saura mieux qu’elle, composer avec sa pingrerie et son manque de fantaisie. La narration de leur "voyage de noces" tardif, favorisé par un gain inattendu dans le budget du ménage, malgré son ridicule, est finalement très triste.
Les caractères et personnalités des personnages de ces nouvelles ne sont pas particulièrement attachants ou séduisants, et pourtant il se dégage de chacun des récits une forme de tendresse qui les rend émouvants.
Trois nouvelles, situés dans le Japon de l'après-guerre, teintées d'une ironie cruelle et, en tout cas pour la première, d’un optimisme inattendu.


La mort, l’amour et les vagues – Inoue Yasushi
Traduit du japonais par Aude Fieschi
Titre original : Kekkon kinenbi / Sekitei / Koi to shi to nami to (1950)
Picquier poche – 1999 – 115 pages

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