5 septembre 2011

Manuscrit zéro - Yôko Ogawa


Contrairement à la narratrice de ce texte, dont une des spécialités est de décrire pour des lecteurs impatients ou trop pris pour lire les grandes lignes de romans de tout genre, je me sens bien en peine de dégager les grandes lignes de ce Manuscrit zéro.
Et pourtant, selon Yôko Ogawa (ou sa narratrice) :
"Il n’y a pas beaucoup de différence entre réfléchir aux grandes lignes d’un livre et exprimer sa propre expérience. Même s’il s’agit d’un roman écrit en dépit du bon sens, il y a toujours un plan inconscient de l’auteur, […]. Dans ce cas, la personne chargée des grandes lignes n’a qu’à se contenter de déchiffrer et reconnaître ce plan et cette intention."
Présenté en quatrième de couverture comme une pause dans son œuvre, Manuscrit zéro se présente comme un journal, sans en être un vraiment. A partir de son quotidien d’écrivain et de conférencière, de souvenirs d’enfance, Yôko Ogawa ouvre une porte sur son imaginaire et son univers très singulier, mêlant à des évènements banals au départ des éléments plus fantastiques.
Partie se promener en forêt, la narratrice se trouve unique hôtesse d’un restaurant très particulier, spécialisée dans la préparation des mousses (végétales), ou spectatrice d’un concours de bébés pleureurs organisé dans un sanctuaire.
Alors qu’elle participe à la visite guidée d’une exposition d’art contemporain en plein air, guidée par un étrange vieillard obsédé par la ponctualité, les retardataires disparaissent sans que quiconque semble s’en émouvoir.
"Je ne sais plus si que je raconte maintenant je l’ai vraiment expérimenté ou si ce sont les grandes lignes d’un roman que j’ai écrit".
Quoi qu’il soit, journal, ébauches de romans, récits ou souvenirs, capture d’une émotion ou de la fugacité d’un instant, on retrouve dans ce texte les obsessions et les angoisses de Yôko Ogawa : le corps, ou plus exactement les parties du corps (en particulier, les doigts, les ongles, l’oreille), la forêt dense et inquiétante où l’on peut se perdre, la musique, le goût pour les nourritures rares et étranges (les mousses végétales délicates, la soupe à l’ours), la solitude, recherchée ou subie, les évènements bizarres qui ne semblent étonner que le lecteur.
Il est beaucoup question de bébés et d’enfants, mais aussi de maladie et de mort, réelle ou symbolique, de solitude et difficulté à communiquer.
Tout cela est parfois bien étrange, un peu inconfortable quelquefois, et pour certains passages, j’ai préféré renoncer à essayer de tout comprendre, et juste goûter les mots, le rythme et l’atmosphère unique de ces courtes histoires, à l’instar de la mère de la narratrice, qui "feuillette craintivement un livre écrit par sa fille, en se demandant comme d’habitude ce qu’il signifiait".
En tous cas, si certaines pages sont des clés pour appréhender les œuvres déjà écrites ou des ébauches de celles à venir, Yôko Ogawa nous promet de superbes pages et me donne envie de relire, outre celui-ci dans quelque temps, tous les autres textes, romans et nouvelles, publiés en français depuis plus d’une quinzaine d’années.
Et vous qui passez par ici, l’avez-vous lu et qu’en pensez-vous ?
Wictoria, Fantômette, je vous sais admiratrices de l’auteur, l’avez-vous lu aussi ?

la célèbre citrouille (ou courge) de Yayoi Kusama
Naoshima - avril 2011




Manuscrit zéro – Yôko Ogawa
Traduit du japonais par Rose-Marie Makino
Titre original : Genkô Zeromai Nikki (Shûeisha, Tôkyô, 2010)
Actes Sud – avril 2011 – 235 pages

16 commentaires:

Wictoria a dit…

lu mais en attente pour une deuxième lecture :) tu en parles bien et mon billet n'est pas encore fait !

virginie a dit…

@ Wictoria : tout comme moi ! je le garde de côté pour une seconde lecture. Je suis impatiente de lire ton ressenti ! Mais tu as tout à fait raison de prendre ton temps, c'est un livre qui reste à l'esprit et qui incite à la réflexion. Bonne seconde lecture :)

emmyne a dit…

J'avoue, je n'ai toujours pas découvert cette auteure bien que ton exemplaire de " La marche de Mina " soit toujours sur mon étagère...
( je mettrais quand même bien une option sur " 1Q84 " ^^ )

Aifelle a dit…

Un peu trop étrange pour moi, je passe .. J'ai hâte d'avoir ton avis sur 1Q84"

emmyne a dit…

( hors-sujet : ne te jette pas sur le dernier David Vann, je l'ai -)

Lou a dit…

J'étais passée à côté de cet Ogawa, moi qui apprécie beaucoup l'auteur... je note, d'ailleurs je n'ai pas lu plusieurs de ses romans qui traînent dans ma PAL, et dont je ferais bien de parler prochainement :) Ce livre m'intéresse particulièrement dans la mesure où il pourrait m'apporter un nouvel éclairage sur son oeuvre...

Fantômette a dit…

La couverture m'avait rebutée (oui, je ne sors pas grandie de ce genre de remarque ;-) ) mais à présent, ce roman me tente plus qu'un peu !!
Mais après des mois de lecture de Proust ( 7 mois pour La Recherche, et j'ai envie de replonger, c'est terrible !), j'ai retrouvé mon ami Haruki avec 1Q84 qui me régale.

C'est chouette de revenir ici, et j'adore cette cucurbitacée dont je ne sais rien...

Fantômette a dit…

As-tu lu "Tsonbo" de la si gracieux Aki Shimazaki ?

virginie a dit…

@ Lou : ce livre est sorti depuis quelques mois et on y retrouve plus, j'ai l'impression, l'atmosphère et le style de ses premiers romans. Si tu aimes l'auteur, nul doute que celui-ci t'intéressera beaucoup !

virginie a dit…

@ Fantômette : rassure-toi, je me suis fait la même réflexion, quant à la couverture. Le livre est d'ailleurs longtemps resté à mon chevet avant que je ne me décide à l'ouvrir.
Je te félicite pour ta fidélité à Proust (7 mois sur un même auteur, je t'admire).
Je me suis moi aussi jetée sur notre ami Haruki et suis complètement accrochée.
La cucurbitacée est une oeuvre installée sur une île en mer intérieure, qui abrite le Benesse Art site, où j'ai eu le privilège de séjourner en avril dernier (voici le lien si ça t'intéresse : http://www.benesse-artsite.jp/en/naoshima/). Elle apparaît sur la couverture d'un livre de Yoko Ogawa (Tristes revanches).
Et oui, j'ai lu Tsonbo, que j'ai adoré (en revanche, le précédent, Zakuro, m'a beaucoup moins séduite, il faut que je le relise !)

Fantômette a dit…

Merci de m'avoir fait découvrir Yayoi Kusama, dont le travail et le parcours sont absolument fascinants.
En revanche, je ne sais pas si je dois te remercier de me faire découvrir l'existence du Benesse artsite, où je rêve à présent d'aller...

virginie a dit…

@ Fantômette : Je pensais bien que ça te plairait :) Cela faisait très longtemps que je rêvais pour ma part de visite ce site d'art en plein air. Il y a aussi un musée et même l'hôtel est dans le musée !! En tous cas le lieu est fantastique et même s'il nous a fallu presque une journée pour y parvenir (avion, train, bateau), ça vaut vraiment la peine !

Fantômette a dit…

Je viens d'apprendre que le Centre Pompidou va exposer Yayoi Kusama. Tu es visionnaire !

virginie a dit…

@ Fantômette : incroyable ! Et grâce à toi, je viens de voir cette nouvelle sur le site du Centre Pompidou ! A mon avis, ça vaut un déplacement à Paris pour ne pas louper ça ! Qu'en penses-tu ? On a jusque début janvier pour organiser ça !

Lou a dit…

J'ai adoré ses premiers textes, sans doute mes préférés... dans ce cas celui-ci risque fortement de me plaire :)

virginie a dit…

@ Lou : tout à fait :)