Mr Shimura est un monsieur tranquille. La cinquantaine, il travaille à l’institut météorologique. Célibataire, il mène une vie calme dans un quartier calme de Nagasaki, si calme qu’il lui est déjà arrivé de quitter la maison, sans même verrouiller la porte. Il sait de toutes façons qu’il peut compter sur la vieille madame Ota, sa voisine, qui passe toutes ses journées chez elle.
Pourtant, Mr Shimura ne sent plus si seul. Des détails infimes lui font soupçonner qu’il pourrait bien y avoir un intrus dans la maison. Des choses disparaissent de son réfrigérateur, d’abord un yaourt, un filet de poisson, puis c’est le niveau de la bouteille de jus de fruit qui semble avoir baissé. Mr Shimura ne croit ni aux esprits ni aux fantômes, mais commence à se sentir vaguement inquiet.
"La bouteille d’eau, n’était-elle pas un peu plus près de l’évier tout à l’heure ? De l’ordre de quinze, vingt centimètres, il me semble … Je finis par m’en persuader, mais le vent change brutalement de direction. Tu fabules, à trop vouloir plaquer de la raison sur les vues de ton inconscient. Es-tu si certain, d’ailleurs, que des yaourts ont disparu ? Tu devrais porter plainte, tiens, aller au commissariat central : on m’a volé trois pots de yaourts ces derniers mois. Allez, du calme, tu es à cran, ces temps-ci."
Il installe alors un système de vidéo-surveillance qui lui permet de garder un œil sur sa cuisine quand il n’est pas là. Et alors … Stupeur ! Il aperçoit une silhouette féminine qui s’apprête à faire du thé !
A partir de ce fait-divers insolite, qui fait tout de même frémir, Eric Faye imagine un roman sobre et sensible sur la solitude, la précarité, la culpabilité et le remords. Profondément ébranlé par cette histoire, Mr Shimura se sent plus seul que jamais, et finit par éprouver une intense compassion pour cette invitée discrète, mais indésirable, à la fois nostalgique et victime de son passé, puis de la crise économique et qui n’a d’autre choix que de se cacher.
"La première de mes peurs était d’hurler en plein cauchemar. Il aurait eu la frousse de sa vie en entendant crier son placard. Trahie par moi-même, j’aurais dû fournir des explications, il m’aurait flanquée dehors en pleine nuit, ou ceinturée, et il aurait averti la police. Je n’en dormais plus les premiers temps, tellement était grande la peur de perdre ce havre où je me reconstruisais, me remettais des bosses et des bleus de l’existence."
Tous les avis sur Blog-O-Book
A lire très vite, si par chance vous ne l’avez pas encore lu !
![]() |
| organisé par Enna |
2/7
catégorie "lieu"
Nagasaki – Eric Faye
Stock – août 2010
107 pages












5 commentaires:
j'adore tout à fait ce genre d'histoire ! et elle résonne comme celle de nos chers auteurs japonais :)
@ Wictoria ; l'écriture aussi m'a semblé très japonaise : concise et précise. Le récit fourmille de détails très japonais (sur la vie du narrateur, la description de sa maison, ses relations avec les autres). L'as-tu-lu / as-tu envie de le lire ?
Je commence à être bien tentée :-)
pas lu et envie de lire :)
Je l'ai lu, et c'est vraiment une écriture que j'aime, une écriture des petites choses, genre hyper-réaliste, tout en y mêlant de l'étrange, un beau petit livre. Et je suis d'accord Virginie, on dirait vraiment un style japonais! Je le conseille vivement!
Enregistrer un commentaire